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Hollande vote Merkel Stampa
Giovedì 04 Luglio 2013 09:52

Le monde - François Hollande est bonne fille. Pendant la campagne présidentielle de 2012, le candidat socialiste n'avait pas obtenu d'être reçu à Berlin par Angela Merkel. Et voici qu'il se rend, ce mercredi 3 juillet, dans la capitale allemande pour participer à un meeting électoral de la chancelière allemande. Bien sûr, la réunion a été déguisée en rencontre européenne. Il s'agit d'un sommet à la chancellerie sur l'emploi, en présence du président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, celui de la Commission, José Manuel Barroso, et d'une vingtaine de chefs de gouvernement européens.

Mais, à moins de trois mois des élections générales en Allemagne, le président socialiste va donner un coup de pouce à la chancelière, la féliciter de lui avoir chipé ses idées sociales. Angela Merkel pratique à merveille la triangulation, terme cher à Tony Blair dans les années 1990, qui consistait àprendre les thèmes du camp d'en face.

 

Ainsi va la vie : on ne prête qu'aux riches. La relance de l'emploi en Europe, c'est Angela Merkel. Elle est tellement plus convaincante, avec un taux de chômage au plus bas et une tradition d'apprentissage qui fait la fierté du tissu économique allemand. Rien à voir avec la France, qui vole de record en record de chômage et n'arrive pas à sortir de la maladie des contrats aidés.

Ainsi va la vie : on ne prête qu'aux riches. La relance de l'emploi en Europe, c'est Angela Merkel. Elle est tellement plus convaincante, avec un taux de chômage au plus bas et une tradition d'apprentissage qui fait la fierté du tissu économique allemand. Rien à voir avec la France, qui vole de record en record de chômage et n'arrive pas à sortir de la maladie des contrats aidés.

Qu'on nous permette de rire sous cape, quand on se souvient du programme européen rédigé par le Parti socialiste, qui fustigeait "l'intransigeance égoïste de la chancelière Merkel". La généreuse, c'est elle, qui permet de débloquer – au compte-gouttes – 6 milliards d'euros pour l'emploi des jeunes en Europe, tandis que le plan de relance de François Hollande bute sur la récession et se trouve dans les limbes. Ce n'est pas nous qui le disons, mais Jacques Delors : "Les 120 milliards d'euros du plan de relance demandé par François Hollande, où en sont-ils ? Qui s'en occupe ?", a demandé, mi-juin, l'ancien président de la Commission européenne.

Donc, la vraie relance, c'est la chancelière. Bien sûr, Peer Steinbrück a tenté de démasquer Angela Merkel, qui vient de donner un sérieux coup de barre à gauche. Au Bundestag, le candidat social-démocrate à la chancellerie l'a accusée d'avoir elle-même provoqué l'envolée du chômage en Europe. "Les mesures d'austérité que vous avez défendues ont provoqué une augmentation du nombre de chômeurs de 26 millions. Le chômage des jeunes de moins de 25 ans a, lui, augmenté de 6 millions", a accusé Peer Steinbrück, avec la rage du désespoir de celui qui va perdre. La CDU d'Angela Merkel recueille 43 % des intentions de vote, contre 26 % pour le Parti social-démocrate (SPD).

COMPROMIS ET MINITRAHISONS

François Hollande, qui avait accepté dès le mois de mai l'invitation d'Angela Merkel, prépare depuis des semaines son virage sur l'aile. Il va prétendre, pas complètement à tort, que Merkel s'est rangée à ses opinions. Souvenons-nous deGerhard Schröder : ravi d'exaspérer le trotskiste honteux Lionel Jospin, le chancelier SPD avait qualifié Jacques Chirac de "social-démocrate modéré" dès sa première visite à Paris, en octobre 1998. Fidèle à son humour, Hollande pourrait à son tour qualifier Merkel de "sociale-démocrate modérée", d'autant qu'il a toutes les chances d'achever en sa compagnie son quinquennat.

Tant pis pour le SPD et Martin Schulz, le président du Parlement européen, qui rêve de devenir président de la Commission européenne : celui-ci risque d'être sacrifié. Entre le couple franco-allemand et les élections européennes de 2014, il faut choisir. François Hollande a mis au parfum ses amis sociaux-démocrates lors du cent cinquantième anniversaire du SPD, le 23 mai, à Leipzig. La presse en a retenu l'hommage rendu aux réformes de Gerhard Schröder. "Le progrès, c'est aussi de faire dans les moments difficiles des choix courageux pour préserver l'emploi, pour anticiper les mutations industrielles, et c'est ce qu'a fait Gerhard Schröder ici, en Allemagne, et qui permet à votre pays d'être en avance sur d'autres", avait dit le président sous les applaudissements.

Mais, une fois la cérémonie achevée, dans le huis clos des salons du Gewandhaus, Hollande a prévenu le président du SPD, Sigmar Gabriel, qu'il avait accepté l'invitation de la chancelière le 3 juillet à Berlin. Pauvre Sigmar Gabriel, qui s'est plaint de ce qu'Angela Merkel lui volait ses idées. Champion des compromis et des mini-trahisons, Hollande lui a proposé un lot de consolation : un voyage sur l'emploi, fin juin, à Paris, en présence d'Harlem Désir, et réceptions à Matignon et à l'Elysée.

Drôle de tactique. Pendant que Merkel se prépare à une grande coalition avec le SPD et que Hollande joue la carte Merkel, le PS persiste à vouloir "politiser" la campagne pour les européennes de mai 2014. Le manifeste européen du PS, même amendé, vaut encore le détour : "Etre socialiste européen aujourd'hui, c'est d'abord s'indigner." Rue de Solférino, on ne fait plus la révolution, on s'indigne. Vaste programme, qui privilégie la posture au fond. L'Europe est faite de multiples clivages, entre fédéralistes et nationalistes, petits pays et grandes nations, Etats du Nord et du Sud. Le PS, lui, ne voit que le clivage gauche-droite. "La confrontation avec les droites européennes est pour nous un objectif", écrit le parti présidentiel.

Le but est simple, explique un cacique du PS : mobiliser les électeurs socialistes susceptibles de voter Mélenchon, en fustigeant Barroso-Merkel et en prétendant que c'en est fini de la grande coalition entre sociaux-démocrates et chrétiens-démocrates au Parlement européen. En réalité, l'enjeu est de savoir qui dominera Strasbourg au printemps 2014 : le Parti socialiste européen (PSE), actuellement sous influence française, ou les conservateurs du Parti populaire européen (PPE), à la main d'Angela Merkel. Une bonne blague : derrière la prétendue polarisation des européennes se cache une bataille nationaliste franco-allemande. Et que dira-t-on aux électeurs socialistes français lorsque, faute de majorité claire, PPE et PSE s'allieront de nouveau au Parlement européen ?

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